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Rapport Banque Mondiale: le rôle de l’eau dans les migrations internationales

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L’eau a toujours présidé au choix de nos lieux de vie. Aujourd’hui, face à l’aggravation de la crise de l’eau provoquée par le changement climatique, les déplacements continus de population dans le monde exigent une réponse réfléchie afin de tirer le meilleur parti d’une situation complexe.

Les facteurs poussant au départ

Le monde compte actuellement plus d’un milliard de migrants — et les déficits hydriques sont à l’origine d’une hausse de 10 % des flux migratoires à l’échelle de la planète. Selon un nouveau rapport phare de la Banque mondiale, les pénuries d’eau ont un impact bien plus important sur la migration que l’excès d’eau.

Le rapport, intitulée Flux et reflux, est composée de deux volumes. Le premier volume (a), sur l’eau, les migrations et le développement, analyse les liens entre l’eau et les déplacements de populations ainsi que les effets de cette corrélation sur le développement économique. Construit sur le plus grand ensemble de données sur les migrations internes jamais réuni, il couvre près d’un demi-milliard de personnes dans 64 pays entre 1960 et 2015. Ce premier volume exploite également plusieurs séries de données nationales et mondiales, qui n’avaient encore jamais été rapprochées. Le volume 2, L’eau au cœur des conflits (a), s’intéresse aux interactions entre les conflits et l’eau ainsi qu’aux moteurs de la migration dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA).

En rendant les précipitations toujours plus aléatoires, ce qui oblige les habitants à partir en quête d’une vie meilleure, le changement climatique accélère les flux migratoires liés à l’eau. Dix-sept pays dans le monde (abritant 25 % de la population mondiale) connaissent déjà un stress hydrique extrême. Les difficultés liées à l’eau sont ressenties de manière disproportionnée dans les pays en développement, puisque plus de 85 % des personnes victimes de la variabilité de la pluviométrie vivent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire.

Cela ne signifie pas qu’il y a des vagues de « réfugiés de l’eau » pauvres contraints de bouger pour échapper à la sécheresse. Dans la réalité, les plus pauvres n’ont souvent pas les moyens de partir, même si cela leur permettrait probablement d’améliorer leurs moyens de subsistance et leurs perspectives d’avenir : les habitants des pays pauvres ont quatre fois moins de probabilité de se déplacer que ceux des pays à revenu intermédiaire.

L’eau au cœur des conflits

Dans les zones en proie à des conflits, comme la région MENA, la situation est rendue encore plus complexe par deux facteurs supplémentaires qui poussent à partir : le conflit à proprement parler et le chômage. Dans les pays de la région MENA, qui connaît le plus fort stress hydrique au monde, l’eau est plus souvent une victime du conflit qu’un motif de départ. Les infrastructures hydrauliques sont fréquemment ciblées pendant un conflit, privant des centaines de milliers de personnes d’accès à cette ressource vitale.

Mais, contrairement à ce que l’on pense souvent, les conflits ne sont pas nécessairement une conséquence directe des risques liés à l’eau. De fait, historiquement, les pénuries d’eau ont davantage induit la coopération que le conflit : sur 975 événements en lien avec des bassins fluviaux internationaux recensés dans la région MENA entre 1948 et 2008, 56 % ont fait l’objet de coopération, 37 % ont suscité un conflit et 8 % se sont révélés neutres. Compte tenu du nombre de conflits armés dans la région au cours de cette période, le fait que les questions liées à l’eau aient majoritairement débouché sur des accords de coopération est remarquable.

Face à l’intensification des effets du changement climatique, cette stratégie de coopération doit être préservée et renforcée — sachant que les chocs liés au climat accentuent inéluctablement les fragilités et les tensions autour des ressources hydriques. 

Des politiques intelligentes pour des villes intelligentes

À l’échelle de la planète, le phénomène migratoire est particulièrement vivement ressenti dans les villes, qui abritent désormais 55 % de la population mondiale. Les édiles doivent réfléchir aux conséquences de cette pression démographique sur leurs politiques, en termes de nombre de migrants à accueillir mais également d’apports sur le plan du capital humain. Les travailleurs migrants qui quittent des régions pénalisées par la faiblesse des précipitations et la fréquence des sécheresses ont généralement un niveau d’instruction et des compétences moindres que les autres travailleurs migrants, ce qui implique des salaires nettement inférieurs et un accès plus restreint aux services de base dans leur pays d’accueil.

Alors que le changement climatique et l’afflux de nouveaux habitants exercent une pression croissante sur les infrastructures hydrauliques existantes, souvent inopérantes, de nombreuses villes risquent d’atteindre le « jour zéro », avec des robinets à sec. Les politiques et les infrastructures nécessaires pour renforcer la résilience hydrique reviennent cher, mais c’est sans commune mesure avec le coût d’une sécheresse, qui peut amputer jusqu’à 12 % de croissance économique dans une ville.

Investir dans l’eau est rentable

Les individus, les moyens de subsistance et les ressources doivent être protégés. Une panoplie complémentaire de politiques pourrait transformer les crises liées à l’eau en autant d’opportunités. Les décideurs, en particulier dans les zones en conflit comme la région MENA, devront procéder à des arbitrages entre des mesures à court terme et non coordonnées pour faire face aux besoins immédiats en eau et des mesures à long terme indispensables pour s’atteler aux problèmes d’eau structurels.

Il faut de toute urgence renforcer la résilience hydrique dans les villes comme dans les zones rurales. Les investissements centrés sur l’individu — filets financiers, actifs transférables (comme l’éducation), approvisionnement en eau et assainissement, soins de santé et logements sûrs pour les migrants pauvres — peuvent contribuer à protéger les personnes contre des chocs hydriques graves. Les villes peuvent également se doter de meilleures pratiques en matière d’eau, en réduisant la demande, en recyclant les eaux usées, en collectant les eaux de pluie et en réaménageant des zones urbaines pour qu’elles deviennent des éponges capables d’absorber et de stocker l’eau sous terre.

Dans le même temps, les moyens de subsistance dans les régions abandonnées par les migrants doivent également être protégés. Ces communautés vulnérables auraient tout à gagner de techniques agricoles climato-intelligentes, d’une irrigation pilotée par les agriculteurs et d’infrastructures vertes leur permettant de se prémunir contre la variabilité des précipitations et les pénuries d’eau. Les mesures de court terme visant à réduire l’impact des chocs hydriques doivent être complétées par des stratégies à plus longue échéance conçues pour élargir le champ des possibles et renforcer la résilience de ces communautés.

Rapport Banque Mondiale:
Au gré du courant : le rôle de l’eau dans les migrations internationales (banquemondiale.org)

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