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Interview:  »Nous devons gérer durablement nos ressources pour garantir un meilleur avenir aux futures générations » Gaoussou SYLLA

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De nos jours, les menaces contre l’écosystème deviennent de plus en plus récurrentes. La pollution (air, eau, sol), l’insalubrité, le changement climatique et tant d’autres phénomènes ménacent la vie de l’homme sur terre et impacte la biodiversité. Pour stopper ces pratiques anthropiques, notamment l’activité de l’homme sur la nature, des dispositions nécessaires méritent d’être prises.

Pour en parler, la rédaction de votre site environnementale earthguinea.org a rencontré Monsieur Sékou Gaoussou Sylla, Directeur National du Programme Environnement et Gestion Durable du Capital Naturel du Ministère de l’Environnement, des Eaux et Forêts. Avec lui, nous avons échangé sur la nécessité de rendre chaque citoyen responsable dans le processus de protection de la biodiversité.

Ci-dessous l’intégralité de l’entretien.

Earthguinea.org : Dites-nous, quelle analyse faites-vous du réchauffement climatique qui est aujourd’hui un phénomène mondial ?

Gaoussou Sylla : Le réchauffement climatique est une réalité à l’échelle planétaire. La terre se réchauffe, les cours d’eau tarissent et le climat change. Beaucoup de phénomènes qui n’existaient pas avant, se passent aujourd’hui. Prenons l’exemple dans nos villages ; il y a des ruisseaux, des rivières, des cours d’eaux qui étaient là depuis des temps immémoriaux, mais aujourd’hui ces cours d’eau connaissent de l’étiage très prolongé. Je veux dire qu’en saison sèche, vous voyez la quasi-disparition de ces cours d’eau. Il y a d’autres mêmes cours d’eau qui, par suite d’agressions, ont complètement disparu. Il y a des lieux dans nos villages qui nous ont vus grandir, même au mois de mars, vous pouvez plonger dans ces cours d’eau. Mais avec le déboisement, ces cours d’eau tendent finalement à disparaitre.

M. Gaoussou SYLLA

Prenons un exemple sur les pays nordiques qui se réchauffent davantage où il faisait encore plus frais, et c’était le froid prolongé : l’hiver était très rude. Mais aujourd’hui, nous voyons la fonte des glaces progressivement. Ce qui augmentera consécutivement le volume d’eau de mer et exposera toutes les îles à une certaines altitudes. Conséquences : ces îles seront submergées et pourront disparaitre. Le réchauffement climatique joue non seulement sur le calendrier des pluies, mais aussi sur la quantité des pluies.

C’est en cela que nous parlons du réchauffement climatique. Il s’agit donc de la transformation du climat, et nous sommes exposés à cette situation aujourd’hui. Que ce soit à l’échelle locale ou mondiale, le phénomène devient de plus en plus une réalité. Il engendre des catastrophes naturelles, tels que des grands vents, des grandes pluies, des averses, voire même d’autres phénomènes liés à l’écorce terrestre, comme les tremblements de terre dus à l’agression même de l’homme à l’intérieur de la terre.

Alors, en tant que département en charge de la protection de l’environnement, quelles dispositions envisagez-vous au niveau de la Guinée pour lutter contre le réchauffement climatique?

Le département est soumis à la politique gouvernementale. Le gouvernement a identifié ce qu’on appelle PNDES (plan national de développement économique et social). Ce PNDES est une stratégie nationale qui permet de donner les priorités au développement. Mais dans cette priorité, nous avons quatre grands secteurs à savoir : l’économie, la gouvernance, le développement humain et le développement du capital naturel.  Et c’est ce quatrième pilier qui concerne l’environnement. Donc nous nous sommes soumis à cette contrainte de bien vouloir mettre l’accent sur la protection de l’environnement et de toutes les ressources naturelles. Il n’y a pas de développement qui n’a pas d’influence sur notre écosystème. Si on dit qu’on ne touche pas à la nature, c’est qu’on ne va pas se développer. Mais il faut que tous les paramètres de développement socio-économique passent nécessairement au filtre de contraintes environnementales. Donc c’est là où que le concept de développement durable intervient. Car tout développement devrait pouvoir garantir notre bien-être. La nature, c’est comme un gâteau, si tu manges ta part, il faut que tu laisses l’autre part pour les générations futures. Donc le développement durable se traduit par cela. Nous avons hérité de nos parents, si on ne peut pas transmettre à nos enfants la nature telle qu’elle est, on ne doit pas leur présenter une nature malade. Donc le développement durable intègre l’équité intergénérationnelle. Dès que cette équité est établie, on peut dire que le développement est durable.

La Guinée est un pays minier, agricole et hydrographique. Nous avons mille six cent et quelques cours d’eau, mais si nous ne cédons pas aux générations futures, par nos activités nous parvenons à détruire les écosystèmes hydrauliques, ce serait condamnable demain. Les ressources minières nous devons les exploiter certes, mais nous devons laisser la part des générations futures. Et dans l’exploitation de ces gisements, il faut faire en sorte qu’il ne porte pas préjudice à l’équilibre normal des écosystèmes. Avant, on disait qu’il faut exploiter la nature, il faut vaincre la nature ou dominer la nature ; c’étaient de grands slogans du développement à l’époque. Mais souvent on nous présente une biosphère malade qu’il faut aider à se rétablir. Mais la nature n’a pas besoin d’être protégée en soi, c’est notre propre survie qui est aujourd’hui menacée par les changements climatiques.  C’est l’homme qui se croit maitre de la nature, il dégrade comme il entend, et c’est ce qui est encore plus dangereux.

Donc le gouvernement a pris des dispositions nécessaires en faisant son plan, le PNDES. Et le ministère de l’environnement n’est pas seul dans le quatrième pilier. Parce qu’il y a l’environnement humain, l’environnement urbain, les écosystèmes naturels, la gestion durable des terres, et beaucoup d’autres domaines qui interviennent. Il y a aussi les eaux. Donc ça interpelle beaucoup de départements dont la sauvegarde nous incombe tous.

Concrètement que pouvez-vous recommander aux citoyens pour une prise de conscience effective afin de minimiser les risques liés à la destruction de l’environnement ?

Pour minimiser les dégâts, nous nous donnons des directives. Nous avons plusieurs projets dans le service que je dirige. Il y a des projets d’adaptation basés sur les écosystèmes où nous travaillons avec les collectivités pour leur donner de bons conseils, de bonnes directives. Aussi, nous les assistons dans leurs activités quotidiennes, surtout les femmes et les jeunes.  Nous les aidons à avancer les choses et les appuyons dans le domaine de l’assainissement en milieu rural, dans le domaine de l’hydraulique villageoise. Et aussi nous les appuyons pour l’énergie comme le bio digesteur, le programme de reboisement, la lutte contre les feux de brousse. Vous savez dans nos localités, les gens cherchent à construire à travers les briques en terre cuite. Ils prélèvent, ils font des excavations dans les cours d’eau. Et lorsque la rivière grandit, elle occupe un certain territoire, et les gens viennent creuser pour faire des ravinements des trous dans ce domaine. Et en même temps, ils collectent le bois de chauffe  pour cuire les briques dans la forêt galerie. C’est-à-dire la forêt qui protège le cours d’eau. Donc il y a une double destruction. Non seulement l’écosystème est détruit, c’est -à-dire la terre et les cours d’eau, mais aussi la forêt qui protège les cours d’eau. Donc on détruit tout.

Vous avez parlé de l’agriculture. En fait le feu est un outil de travail, ce n’est pas que pour enrichir seulement. Oui, c’est vrai que la cendre qui est obtenue va envoyer la potasse et d’autres choses. Mais un feu qui brûle la terre lui fait perdre des milliards et des milliards de micro-organismes. Donc on détruit plutôt avec le feu, parce que ça ne bonifie pas une terre. Il faut comprendre d’abord à quel degré ou à quelle température la terre là est brûlée. Et la micro population est morte, juste pour cette culture. Donc avant que la nature ne se régénère ; cela prendra assez de temps. Le feu est aussi la force du paysan, parce qu’il ne parvient pas à ramasser toute cette matière végétale pour les transporter ailleurs. Bien qu’étant un outil de travail pour l’agriculteur, le feu engendre d’autres conséquences comme des incendies qui peuvent détruire les plantations et s’étendre jusqu’aux forêts.

C’est pourquoi il est indispensable de sensibiliser les populations sur les conséquences de la culture sur brulis. Il y’a d’autres méthodes comme telles que la sédentarisation du paysan, la culture dans les basfonds etc. Le ministère de l’agriculture participe à l’aménagement des terres, à la sédentarisation des paysans sur des terres pour que des coteaux soient protégés. Il suffit de déboiser le coteau pour que l’érosion entraine toute la terre dans les cours d’eau, et le basfond va être détruit, et aussi tout ce qui concerne les ressources hydrologiques, les lits des rivières sont bloqués, sédimentés et c’est fini. Donc voilà tout ce qui converge un peu vers la désertification qui est un processus qui consiste à faire une dynamique ou une transition de la forêt vers la savane, de la savane vers le sahel et du sahel vers le désert. Donc nous ne sommes plus loin du sahel maintenant. Et plus le sahel avance, plus le désert avance, et la forêt disparait. C’est un processus de causes à effets.

Les sociétés minières constituent une menace pour l’écosystème à travers la destruction de la faune et de flore, la pollution de l’eau, de l’air et tant d’autres. Quelles recommandations faites-vous à celles-ci afin de changer leurs méthodes pratiques?

Vous savez le code de la protection de l’environnement interdit ou impose à toute société de faire une étude environnementale et sociale. Lorsque vous faites une étude, il y a un comité national qui compile ce document pour approbation. Quand votre document est approuvé, il y a des directives techniques dénommées : mesures de sauvegarde environnementale. On dicte des mesures, puisque vous faites la pollution, que ce soit la pollution de l’air, la circulation automobile, la pollution industrielle, les installations classées en fonction de leurs différentes catégories, la pollution des eaux ou la destruction du couvert végétal, quelles sont les mesures de mitigation pour corriger tout cela. Alors si les impacts sont dangereux, on crée des conditions appelées mesures de mitigation pour corriger, réduire ou annuler les impacts négatifs. C’est cela l’objectif des mesures de sauvegarde environnementale.

La grande recommandation que je peux faire, est que chaque société minière, une fois agréée, doit faire en sorte de respecter les mesures de sauvegarde environnementale. Lorsque les activités entrainent du déboisement sur plusieurs hectares, la solution est de replanter après exploitation. Pour ce qui est de la pollution de l’air, il faut envisager des mesures d’atténuations pour les émanations de poussières et de gaz. Que les eaux usées viennent gâter la qualité des cours d’eau et dégradent des potentiels environnementaux. Il y a des solutions qui sont déjà dites en amont avant même que la nature ne soit exploitée.

Il faut donc impérativement respecter les lois. Mais malheureusement beaucoup d’entre les sociétés minières lorsqu’elles obtiennent les papiers, vont jusqu’à interdire l’accès aux services environnementaux, parce qu’elles considèrent que les services de supervision les embêtent. Notre rôle à nous, est de garantir le présent et le futur, parce que cela y va de la sécurité de ces sociétés, c’est-à-dire les mesures au niveau de leurs activités, la HSES (hygiène, sécurité, environnement et santé). Donc il y a des directives pour les travailleurs dans l’industrie minière, mais aussi des mesures de sauvegarde environnementale, pour la nature, l’environnement et pour notre avenir.

Quel appel lancez-vous à l’endroit des paysans, des entreprises minières et à tous les citoyens, afin que chacun puisse contribuer à la protection de l’écosystème dans sa diversité biologique?  

Lorsqu’on est dans l’écosystème naturel, on parle de la nature. Il faut que le paysan puisse prendre les dispositions nécessaires à faire une agriculture durable et intelligente qui puisse respecter la nature. Il faut que les populations à l’intérieur du pays nous écoutent, les techniciens qui sont dans l’encadrement rural, que vous soyez dans l’élevage, l’agriculture, l’environnement, il faut écouter les techniciens, les conseils qu’ils vous donnent. Ils sont disponibles, ils sont là sur le terrain. Il y a les projets qui sont là aussi pour les accompagner.

Aux sociétés minières, je leur dirai qu’il y a des inspecteurs des établissements classés de l’environnement qui passent, il faut savoir écouter leurs conseils et directives techniques. Il est également important de leur donner les rapports d’activités pour qu’ils puissent les évaluer et savoir à peu près ce que vous devez faire.

Aussi dans les écosystèmes urbains, les populations doivent savoir que la salubrité est extrêmement important. C’est un problème de santé publique. Lorsque vous transformez les canalisations des eaux usées ou plutôt des eaux fluviales en dépotoir d’ordures ou que les bordures des rivières deviennent des dépotoirs d’ordures, c’est comme quelqu’un qui crache en haut et s’attendre à recevoir les gouttelettes sur sa tête. C’est-à-dire que l’environnement urbain et les établissements classés sont aussi dans des concessions, ce qui est vraiment incompatible. Voir l’homme cohabiter avec les ateliers de soudure, de menuiserie, chaudronnerie, le zonage n’est pas respecté dans nos administrations. Dans nos localités urbaines, les gens en font à leur tête, les enfants s’exposent, les administrateurs territoriaux ont revendu les terres, les jusqu’aux cimetières. Cela devient très dangereux. Il n’y a pas d’espace de jeux dans les centres urbains, les enfants ne jouent que dans la rue. Les cérémonies ne sont dans les rues, on joue du tam tam et tout cela perturbe le calme sonique en matière urbain. C’est dire qu’il y’a plein d’incommodités dans nos écosystèmes urbains sur toute la ligne.

Que ce soit au niveau des hommes, des populations, et au niveau de l’environnement naturel, la Guinée a beaucoup de chemins à parcourir. Nous techniciens, sommes là à leur disposition, il faut que les services techniques collaborent pour améliorer la situation et conduire le développement de notre pays.

Merci Monsieur le Directeur !

Je vous remercie !

Entretien réalisé par Sylla Youn

Pour EarthGuinea.org

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