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‘’Ecopoint’’: Une initiative citoyenne pour faciliter le recyclage des ordures à Conakry

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Eco-activiste, écologiste et fondatrice de Selfie Déchets, Fatoumata Cherif vient encore de lancer une nouvelle initiative. Il s’agit d’Ecopoint, qui est une réflexion citoyenne qui permet à chaque habitant de la capitale Conakry d’échanger ses sachets ou encore ses bouteilles plastiques contre de l’argent, des pass internet, des crédits téléphoniques, de la monnaie digitale (mobile money), des cahiers et divers articles. L’objectif est de lutter contre la prolifération des sachets plastiques dans la capitale ; Aussi, d’encourager l’économie circulaire à travers la réintégration sociale des personnes à faible revenu.

Trouvée dans son stand d’exposition sur l’esplanade du Palais du peuple de Conakry à l’occasion de la Grande Foire Internationale, Fatoumata Chérif s’est livrée à nos questions pour expliquer comment l’idée est née. Ainsi dans les colonnes qui suivent, nous vous invitons à lire l’intégralité de l’interview que nous avons réalisée elle.

Bonjour madame !

Bonjour !

Dites nous, c’est quoi Ecopoint ?

Ecopoint, entendez ECOLOGIE et POINT, est un lieu de recyclage, une initiative qui est née du volet Entrepreneuriat Social de Selfie déchets. Vous savez Selfie Déchets est une initiative citoyenne, c’est vrai. Parce qu’au lancement, on a alerté, nettoyé et mobilisé pour montrer que nous pouvons aussi changer l’aspect de nos villes. Mais après quelques temps, on s’est dit que ça ne suffit pas. Alors, qu’est-ce qu’on peut faire pour s’insérer dans la chaine de valeur des déchets, parce que nettoyer est bien, ne pas salir est meilleur, mais recycler est encore mieux.  Donc il suffit encore de regarder autour de nous pour se rendre compte que la plupart des objets que vous voyons dans les poubelles, dans la rue, ce sont les objets recyclables. Nous nous sommes dit que la population n’est pas suffisamment informée pour savoir que les déchets qu’elles jettent ont de la valeur. C’est pourquoi nous avons lancé l’Ecopoint qui permet aujourd’hui d’échanger les déchets contre des biens et services, et même de l’argent. Et donc nous nous sommes dit ok, et s’il y a une incitation financière derrière le recyclage, cela va susciter de l’intérêt chez la part des gens. Parce qu’aujourd’hui il y a un problème qui met un frein au recyclage, c’est que lorsqu’on finit de recycler on ne sait pas où mettre, ça c’est un véritable problème. Parfois aussi on voit les gens ramasser les déchets sans savoir quoi en faire. Alors, on s’est dit qu’il y a un manque non seulement de vulgarisation, mais aussi un manque de transparence, parce que la question de déchets, je le disais, c’est comme si c’était du trafic en fait, les infos sont cachées. Tu demandes à quelqu’un pour savoir que quand tu recycles du fer où tu peux mettre, il ne te le dit pas. Donc il y a tellement de division dans la chaine de déchets que nous on s’est dit qu’il faut franchement organiser tout en facilitant le recueil d’information pour que quand une personne a envie de recycler quelque chose qu’il sache vers quelle société aller ou vers quelle entité aller. Donc Selfie Déchets devient à travers l’Ecopoint un facilitateur entre le collecteur, le recycleur et le transformateur.

Pourquoi votre présence à la Foire sachant que ici c’est un espace réservé pour la vente ?

Effectivement, nous avons profité de la foire pour montrer aux gens que partout où il y a un évènement, il y a de la consommation, donc il y a la production de déchets. Donc grâce à l’Ecopoint qui est une initiative franchement innovante, il faut le dire, cela va faciliter la mobilisation citoyenne pour montrer aux gens que tu va recycler en faisant des efforts. Mais derrière, tu peux gagner soit de l’argent, des pass internet, des cahiers et plusieurs divers articles et pleines d’autres choses, c’est ça aussi l’idée, donc l’économie circulaire. C’est un volet entrepreneuriat social et solidaire. Social parce qu’il permet la réintégration des couches vulnérables, il permet aux personnes à faible revenu d’avoir des revenus, mais aussi aux personnes qui sont en revenus moyens d’augmenter leurs revenus. Si moi par exemple je travaille et que mon salaire n’est pas suffisant mais que je recycle, derrière ça je peux avoir de l’argent additionnellement. Donc c’est ce concept là qu’on veut vendre aux guinéens voire aux jeunes africains et partout dans le monde que recycler fait gagner de l’argent. C’est pourquoi sur notre présentoir c’est écrit ‘’ Gagner de l’argent en recyclant’’.

Qu’est-ce qui vous a réellement motivée à lancer cette initiative, d’où est venue l’idée ?

L’idée première est qu’il y a réellement de gâchis quand je vois les déchets et tous les reportages, et tous ce qu’on peut faire grâce aux déchets, je me dis que c’est un gâchis. Oui on a un problème de déchets ça c’est une évidence. Et deuxièmement, on a un problème de gestion de déchets, ça c’est clair. Troisièmement, nous n’avons pas où mettre nos déchets c’est-à-dire qu’on a qu’une décharge sauvage. Donc la problématique de la gestion des déchets est trop grande. Donc ce qui m’a poussée, c’est que moi en tant que citoyenne, on ne peut pas tout faire, il y a des choses qui dépendent de l’Etat, il y a des choses qui dépendent de l’argent, il y a des choses qui dépendent de la volonté citoyenne, il y a aussi des choses qui dépendent de la conjoncture. Alors si vous me demandez qu’est-ce qui m’a poussée, c’est surtout aussi avec la covid-19 et les crises politiques de la Guinée. Selfie Déchets, c’est une initiative qui mobilise. Nous chaque weekend on mobilisait des gens pour aller nettoyer. Pendant la covid-19, on ne pouvait pas le faire parce qu’il y avait l’interdiction de rassemblement. Et après ça, il y avait aussi des manifestations politiques. Nous on est des écologistes, on veut juste sortir pour nettoyer, assainir, sensibiliser, mais quand la conjoncture ne le permet pas, est-ce que faut-il continuer à attendre que ça aille ? A quand ça va aller ? Entre temps, il y a eu encore ce problème du 5 septembre où on pensait qu’après la Covid on allait pouvoir reprendre nos activités, et là aussi tout a chamboulé encore. Je me suis dit alors qu’il fallait trouver une alternative, cette alternative, c’est de faire des choses à petite échelle. Je peux recycler toute seule, est-ce qu’on va m’arrêter pour ça ? Non ! Je peux recycler dans ma cour, est-ce qu’on va m’arrêter pour ça ? Non ! Donc l’idée est partie de là, qu’est ce que chacun peut faire à son niveau pour créer une économie circulaire. Si tu recycles, tu as fait du civisme, parce qu’entant qu’écologiste lorsque tu as l’habitude de faire des actions citoyennes et que tu n’arrives pas à le faire, tu te sens un peu enfermer. Donc avec ce covid-19, on ne pouvait pas se rassembler, on ne pouvait pas faire nos dialogues qu’on faisait en rassemblant les gens avec  la crise politique, la crise de confiance, les uns se défiaient des autres. Donc je me suis dit qu’il faut trouver une réflexion, et c’est là que cette idée est née. Et aussi je m’étais  inscrite à un projet qu’on appelle Connexion Citoyenne, qui est un projet de Civitech porté par CFI dont je suis lauréate. En 2020, notre projet Selfie Déchets a été retenu pour une phase d’incubation en civitech. La civitech, c’est tout ce qu’on peut utiliser pour la transition numérique, c’est-à-dire comment utiliser le numérique et mettre au profit de la  gouvernance. Donc mobilisation citoyenne, technologie et gouvernance. D’abord Selfie déchets est une initiative qui est née du numérique et en suite qui est allée sur le terrain, qui a fait le monitoring et il y a eu des impacts. Et imagines, si derrière il y a encore une dimension plus grande, cette dimension c’est la dimension entrepreneuriale, et c’est ce qui va aussi permettre de pérenniser l’action. Il faut noter que Selfie Déchets, depuis sa création il y a quatre ans est sur fonds propre. Toutes les activités que nous faisons, les kits que nous imprimons, les kits qu’on achète, les gants, les masques, les communications qu’on fait, les pass internet, on n’a bénéficié aucun financement, c’est sur ressources propres de la fondatrice. Et heureusement, lors des assainissements, il y a eu des bénévoles qui amenaient des gants, de l’eau etc., tout ça a encouragé, ça veut dire que lorsqu’il  y a une initiative et que les gens se voient dedans ils sont intéressés, il peut y avoir de la mobilisation. Donc je profite d’ailleurs de votre micro pour remercier tous  ces bénévoles qui ont cru en nous, qui chaque dimanche se levaient pour venir assainir avec nous sous le soleil, au lieu d’aller dans les cérémonies, au salon pour regarder les séries, donc ils profitaient de leur jours de congé pour venir nous aider. Donc c’est le lieu de les remercier. Mais aussi je suis satisfaite de voir que lorsque  nous avons assaini les plages, aujourd’hui d’autres jeunes ont pu créer des business, donc si vous me demandez comment l’Ecopoint est né, je vous dirais que c’est la résultante de tout ça. C’est de savoir que une petite initiative peut avoir des impacts non seulement à cours terme mais aussi à long terme. Parce que si on fait une rétrospection, il y a quatre ans qu’on assainissait les plages là, et on a l’impression que rien n’est plus fait, mais les impacts à long terme voila ce qui se passe, on avait dénoncé le manque de poubelles dans Conakry, aujourd’hui  vous n’allez pas dire que vous n’avez pas de poubelles dans Conakry. Au lancement de Selfie Déchets, il n’y a avait même pas de poubelles, les déchets étaient jetés dans la rue, il n’y avait pas de point recyclage. On a lancé des actions dans les points de collecte, comme Kakimbo et tout. On avait dénoncé de fait que les déchets pourrissent, ils n’ont pas de lieu où partir, aujourd’hui il y a eu des déblocages au niveau institutionnel, Enabel a aidé la Guinée à avoir ce qu’on appelle des zones de tri et de transite. Kakimbo aujourd’hui si vous repassez, vous n’allez plus voir les déchets de vos yeux parce que tout est géré à travers une cour qui est mise en place, ça ce n’est pas Selfie Déchets qui a financé pour le faire, mais nous avons été à la base pour déclencher l’action, parce qu’il y a des actions qu’on appelle directe et indirecte, il y a des choses que vous faites qui auront des impacts et qui vont pousser d’autres jeunes à faire, et je vous le  disais tout à l’heure à l’entame que c’est grâce à Selfie Déchets que d’autres jeunes ont pu créer d’autres initiatives dans d’autres pays et qui ont réussi. Moi, je me réjouis de savoir que l’initiative qui est née ici a pu toucher un peu plus partout dans le monde, en Haïti, Île de la réunion, les pays que je n’ai jamais visité parfois qui connaissent l’initiative qui se sont inspirés de ça pour créer, et pourtant chez eux ça marche, je veux dire qu’ils ont des soutiens des bailleurs, des institutions et tout ce qui s’en suit. Donc moi-même, si à mon niveau je n’ai pas profité de l’impact de mes actions, c’est à dire directement, mais quand je vois que les impacts sont visibles ailleurs, même dans mon pays même si je ne suis pas directement dedans je suis satisfaite. Parce que vous le savez malheureusement, il y a toujours des raisons politiques, des raisons de récupération. Sinon, il y avait eu un moment où lorsqu’on a lancé les campagnes d’assainissement les samedis, ça a poussé le gouvernement de lancer l’opération Conakry Ville Propre. Mais nous n’avons pas été associés à ça, malheureusement vous avez vu que l’initiative était morte quelques mois après. Et il y a eu aussi des campagnes où ils ont créé des groupements des GIE (groupement d’intérêt économique, ndlr) pour que les jeunes assainissent les quartiers, mais ça n’a pas eu long feu, parce que derrière, il faut avoir une passion, et lorsque des gens se sont dédicacés pour le pas et l’ont fait de manière bénévole. Lorsqu’il y a des initiatives d’envergure qui sont au niveau des autorités qui sont financés, la moindre des choses serait d’associer les jeunes qui aimaient le faire, qui ne le font pas pour l’argent et puis qui savent le faire, qui ont de l’expertise de le faire durablement. C’est pourquoi malheureusement toutes les initiatives qui sont nées à l’issues de notre initiative n’ont pas eu long feu, non pas parce qu’ils ne nous ont pas associés en tant que personnes, je veux dire que ils auraient pu associer des personnes qui sont passionnées, dédiées à la cause, qui savent le faire ou qui savent faire faire, parce que l’Etat ne peut pas tout faire. Donc c’est là l’enjeu, c’est-à-dire la différence entre Selfie Déchets qui a été créé ici qui a eu un impact et Selfie Déchets qui a été répliqué dans d’autres pays qui eux ont été soutenus par leurs pays.

Comment comptez-vous faire adhérer les gens, notamment les populations à cette initiative ?

Effectivement, nous Selfie déchets est basé sur les enquêtes de terrain, les analyses de données de recherches. Donc il nous arrivait souvent d’aller dans les décharges, d’ailleurs la décharge de concasseur avant que l’éboulement ne se fasse sur la population, nous avions fait ce constat, nous avions même dénoncé ça dans les medias pour que l’Etat agisse pour que la population comprennent qu’elles sont en danger pour qu’elles quittent là-bas. Mais malheureusement, notre voix n’a pas été très haute. Lorsqu’on n’est qu’une entité et qu’on arrive à faire des analyses, parfois on pense que c’est du sabotage, et finalement il y a eu éboulement et très malheureusement des personnes sont mortes. Il y a eu des gens qu’on n’a même pas retrouvés jusqu’à présent.  Donc dans cette décharge là j’ai rencontré un jeune qui est marié grâce aux déchets mais qui n’a pas osé dire à sa femme que la dépense quotidienne qu’il donne à sa femme vient des poubelles. Je me suis dit que là il y a un problème, on lui a demandé pourquoi il ne lui dit pas ? Il dit qu’il n’aurait pas été très fier que sa femme sache qu’il travaille dans les poubelles. Et  deuxièmement, il pense que sa belle famille va lui retirer sa femme lorsqu’on sait qu’il nourrit sa femme grâce aux poubelles. Je me suis dit que là il y a un grand problème, que si les déchets et le recyclage sont considérés aujourd’hui comme un métier de la honte, il faut donc changer la communication pour remettre les déchets à la page et à la place qu’il faut. Si on sait aujourd’hui qu’en recyclant on gagne de l’argent, il y  a une compensation financière, est ce qu’on verra les déchets de la même manière. Il y aura même des concours de ramassage de déchets, on va même se voler nos déchets la nuit. C’est pourquoi derrière, nous on a créé un volet compensation. Donc  ceux qui recyclent, on va essayer de peser pour donner une valeur numérique à la valeur des déchets qui sont souvent des déchets plastiques, des bouteilles et tout ce qui est recyclable et transformable. Parce qu’il faut le noter, les déchets plastiques, l’aluminium sont de la matière première, donc nous avec Selfie Déchets à travers l’Ecopoint, on va faire des échanges d’argent, mobile money, c’est-à-dire la monnaie digitale. Si c’est des étudiants et qu’ils manquent de cahiers, on va leur fournir. S’ils ont plutôt besoin d’eau minérale, on va leur donner de l’eau minérale ou des denrées. Mais on ne peut pas tout faire à la fois. Comme c’est sur fonds propre, à l’instant on fait petit à petit avec les moyens de bord.

Comment peut-on vous retrouver ?

C’est très facile, on est sur whatsapp, on est aussi disponible par téléphone sur le 620204545. Mais whatsapp sera la version la plus facile parce qu’on soit alphabétisé ou pas on peut laisser une audio. C’est pourquoi si vous lisez l’information qui est sur le Kakimono, c’est écrit création de contenu numérique, formation, recyclage, assainissement, écocitoyenneté. C’est parce que tout ce qu’on fait on associe la communication. N’oubliez pas, Selfie Déchets est né d’abord sur le net et ensuite sur le terrain, et c’est vice versa. Quand on est parti sur le terrain, aussi qu’on a filmé que c’est sorti. Donc l’un ne va pas sans l’autre. Et c’est grâce aux réseaux sociaux, aux communications digitales comme Whatsapp qu’on soit alphabétisé ou non on peut laisser une audio  pour dire madame j’ai des déchets et lorsque c’est une grande quantité nous passerons nous même récupérer, parce que nous-mêmes il faut qu’on s’en débarrasse aussi, parce qu’on n’a pas un grand entrepôt. Et c’est là que je vais profiter pour lancer un appel aux personnes de bonnes volontés, aux institutions, ici vous voyez sur un stand de 12 mètres carrés, on a pu mettre en place un Ecopoint avec tout ce qu’il faut avec l’hygiène, le tri des déchets. Et imaginez si on a un hangar, combien de déchets on pourra stocker, mais pour l’instant, nos moyens ne nous permettent pas de le faire, on le fait avec nos moyens de bord et voici ce qu’on a fait sur un espace de 12 mètres carrés. Donc ça, il faut un espace grandiose, mais pour l’instant nous allons être mobiles. S’il faut, on demande aux gens de recycler nous on passe pour faire ce qu’on appelle des stands mobiles. Par exemple si on va à Coléah, un weekend ou sur deux jours, on dit aux gens venez recycler, on fait des échanges de points. Comme je vous l’ai dit, moi depuis que j’ai commencé à lancer mes initiatives, j’évalue pour voir qu’est-ce que je peux faire à moindre coût sans attendre quelqu’un, sans attendre le financement de l’Etat ou d’une institution. Donc à défaut d’avoir un hangar où on peut stocker, on peut faire ce qu’on appelle la mobilité. Si on a des tricycles, c’est ça l’idéal, nous mêmes nous passerons récupérer dans les points de recyclage, ou le tricycle lui-même peut être un point de recyclage, c’est-à-dire on va, on gare quelque part dans un quartier, les gens viennent, on fait le troc. Donc c’est l’idée qu’on a, on a de grandes idées pour le pays mais on le fait à petite échelle en fonction de nos moyens. S’il y a plus de moyens, on peut faire de grandes choses.

Merci madame !

Je vous remercie

Entretien réalisé par Sylla Youn, pour earthguinea.org

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