Marseille – Déchets sauvages : un homme crée le buzz

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On prend les mêmes et on recommence ! Car des déchets, il y en a à tire-larigot aux quatre coins de la ville. Il semblerait que des déchetteries à ciel ouvert aussi. Dans le même esprit qu’à la Capelette (10e), les incivilités grandissantes – et envahissantes – sont aussi présentes dans le 14e arrondissement.

Alors un homme a décidé de monter au créneau… à sa façon. À la base, Jean-Yves Sayag est humoriste. Il est aussi, et avant tout, citoyen et ce sujet-là ne le fait pas du tout rire. Lui qui travaille dans ce coin connaît bien ses problématiques : manque de moyens, moins de visibilité car en périphérie, l’éternelle étiquette des « quartiers Nord », etc. Armé de son téléphone portable activé en mode caméra, il a donc tout bêtement décidé, il y a quelques mois, de filmer la réalité dans laquelle il évolue au quotidien.

Créer un effet boule de neige

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’en postant ses vidéos sur Facebook, les réactions ne se sont pas fait attendre. Sur sa page éponyme, le tout premier enregistrement a concentré pas moins de 220 000 vues ; un second a été partagé plus de 3 600 fois et le dernier en date a cumulé 18 840 vues.

Les commentaires aussi sont nombreux : « Bravo Jean-Yves, moi aussi je me bats tous les jours pour que mon quartier ne devienne pas une zone de non-droit ! », « Enfin quelqu’un qui a le courage de dire et de crier sa colère par rapport aux négligences constatées pour l’entretien de notre ville » ou encore « Contactez-nous si besoin, on viendra nombreux car autour de moi, j’ai beaucoup de gens qui en ont marre de toute cette incivilité. » Les demandes d’amis s’accumulent pour celui qui en a tout « simplement eu marre de voir des voitures fantômes, des encombrants et des déchets en pagaille pourrir nos rues ».

Jys, de son surnom, est loin d’être un professionnel de la communication. S’il a l’habitude de la scène, l’enjeu est différent. Alors, parfois, la colère prend le dessus et ses mots dépassent sa pensée, mais il agit « dans une démarche pacifiste, non politisée et pour le bien-être de tous ».

Et tout ce remue-ménage a forcément créé un certain buzz et attiré l’attention. Celle de Stéphane Mari pour commencer, élu d’opposition socialiste des 13-14, qui est allé à sa rencontre. « C’est un citoyen qui a le mérite de pousser les choses jusqu’au bout, raconte-t-il, surtout sur un sujet aussi sérieux. Aujourd’hui, il faut trouver une solution pérenne à ce problème qui vient, pour les plus gros déchets, des artisans et entreprises qui veulent éviter de payer les frais de déchetteries. »

Effectivement, c’est le gros du problème. Une difficulté à laquelle est confrontée la Métropole, en charge de la propreté et de l’occupation du domaine public. Sauf qu’à la base, cette dernière « n’est compétente qu’en matière de déchets ménagers ». Car « les déchets industriels relèvent du privé. »Problème, lorsque ceux-ci sont sauvagement déposés sur la voie publique, la Métropole doit, de fait et comme elle le reconnaît, s’assurer de l’enlèvement de ces déchets : « En somme, on se retrouve à devoir ramasser, tous les mois, des déchets dont nous n’avons absolument pas la charge. C’est à la police, et au procureur, de prendre des mesures pour faire cesser ces dépôts sauvages. Madame Cordier (l’élue, Ndlr) a d’ailleurs déjà déposé plainte en juillet », explique-t-on. Et d’ajouter concernant le boulevard Frédéric-Sauvage que « ce secteur mobilise d’énormes moyens : plus de 15 interventions de la police de la propreté et plus de 200 tonnes ont été collectées depuis le début de l’année 2017. Des opérations de nettoyage ont été réalisées en juillet mais les incivilités sont telles que les déchets s’entassent à nouveau. Nous subissons cet état de fait, malheureusement nos interventions de police de propreté ne nous permettent pas de régler cette situation de manière pérenne. »

Trouver une solution

Parce qu’il est bien là l’autre souci… Trouver une solution qui perdure face à un problème qui gangrène toute une ville. De plus, si la grogne des citoyens est justifiée, il n’empêche que la plupart ne savent pas à quel point les complications administratives complexifient la tâche, tout comme le fait de savoir à qui appartient la compétence propreté selon l’endroit. À la Ville ? À la Métropole ? À la mairie de secteur ? Tout le monde – administration ou particulier – s’est forcément posé la question.

Jean-Yves Sayag, lui, pense que les caméras de surveillance pourraient être la solution, « parce qu’on est en train de mourir à petit feu là ! » Du côté de la mairie centrale, on rappelle que « 1 015 caméras sont réparties dans la ville mais qu’elles ne peuvent pas être utilisées pour tous les problèmes. De plus, elles ne pourraient pas rendre compte du flagrant délit ». On reconnaît que « c’est un sujet préoccupant » et précise que « la Ville et la Métropole cherchent des moyens pour lutter contre ce phénomène ».

Jean-Yves Sayag, lui, ne veut incriminer personne, simplement que les choses changent. Alors il compte avant tout sur lui-même et ses followers. Il a d’ailleurs l’intention de rédiger une lettre ouverte avec le maximum de signatures citoyennes que possible avant de l’envoyer aux différentes institutions marseillaises. Une affaire qu’on ne manquera pas de suivre.

Les Observateurs ont fait un focus sur le sujet

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