Lutte contre la déforestation et la dégradation des forêts en Afrique : les financements climatiques concessionnels peuvent encourager le secteur privé à s’investir

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Depuis quelques années, je croise souvent des collègues chargés de dossiers d’investissement qui voient dans les financements climatiques concessionnels de simples instruments de cofinancement à même de combler rapidement et efficacement un déficit de financement dans un projet donné. Ils ne comprennent pas que si ces financements sont structurés de façon aussi simple, il n’est pas possible de tirer pleinement parti de la concessionnalité comme moyen de stimuler l’investissement privé dans les secteurs sous-investis.

Les financements concessionnels peuvent servir, par exemple, à attirer des investisseurs commerciaux, à corriger les asymétries de l’information, à pallier les défaillances du marché et des institutions, et à remédier aux contraintes d’accessibilité qui entravent l’instauration d’une dynamique de marché positive. Il s’agit en fait d’un outil qui permet de surmonter efficacement les obstacles et d’atténuer les risques pour déployer des ressources financières précieuses et ainsi amorcer un changement de paradigme en faveur d’un développement qui soit à la fois sobre en carbone et résilient au changement climatique.

L’on peut généralement définir les instruments de financement concessionnel comme des instruments accordés à une contrepartie à des conditions sensiblement plus généreuses que celles qui sont assorties aux instruments financiers basés sur le marché. Source précieuse de financements concessionnels à travers le monde, le Fonds vert pour le climat s’est engagé à tirer parti du potentiel du secteur privé en faveur des énergies propres, de l’efficacité énergétique et de la résilience climatique dans ses pays cibles. Dans le cas de l’Afrique, quantité d’opportunités d’investissement n’attendent que d’être cueillies.

Il est de notoriété publique que les investisseurs privés ne prennent la décision d’investir que s’ils sont certains d’obtenir un rendement suffisant pour couvrir leur investissement initial, les coûts opérationnels, et un bénéfice proportionnel au risque associé à l’investissement lui-même. Dans la plupart des cas, le problème majeur n’est pas le manque de liquidités en soi. Il relève plutôt des avantages à tirer de l’instauration d’un environnement propice et d’un cadre d’investissement à même d’offrir une juste répartition des risques entre les parties concernées par un projet.

Il faut donc structurer les financements climatiques concessionnels de manière à surmonter efficacement les barrières existantes et à atténuer les risques, dans le but d’appuyer une transformation soutenue et durable du marché. Pour ce faire, le niveau de concessionnalité minimum doit être établi au cas par cas, afin d’éviter des distorsions de marché tout en veillant à ce que les subventions soient progressivement supprimées. Les autres principes clés à prendre en compte incluent l’additionnalité, la durabilité commerciale, l’adhésion des investisseurs et le renforcement des marchés.

Cette approche s’avère particulièrement pertinente pour le secteur forestier. Par exemple, dans le cadre d’une plantation commerciale durable initiée par le secteur privé, l’octroi d’un prêt concessionnel peut nettement contribuer à réduire la pression exercée sur la capacité du projet à générer de la trésorerie, si le prêt est à durée et à période de grâce supérieures à celles du marché, si le profil de remboursement structuré permet le report des remboursements du principal et des paiements d’intérêt différés pendant la période de grâce. Les arbres ont besoin de temps pour croître et prendre de la valeur. Cela ne signifie pas que ces projets ne sont pas rentables à long terme, mais simplement que leur capacité à générer de la trésorerie à court et à moyen termes est limitée en raison de la nature de leur modèle économique et de l’actif sous-jacent qui a besoin de temps pour arriver à maturité.

Pour ce type de projet, l’impossibilité  de générer assez de recettes pour pouvoir couvrir les flux de trésorerie provenant des activités de financement pendant les premières années d’exploitation rebute les investisseurs et dévie les capitaux indispensables à la lutte contre la déforestation et la dégradation des forêts vers des secteurs de l’économie plus traditionnels. Ce qui affecte plus particulièrement les nouveaux projets de plantations.

Les garanties peuvent également jouer un rôle déterminant dans les pays où les marchés sont insuffisamment développés et qui présentent un risque d’insolvabilité suffisamment élevé pour tenir les créanciers commerciaux à distance. Aussi, recourir à des financements concessionnels pour atténuer ce type de risque et d’autres pourrait inciter les investisseurs commerciaux à s’impliquer et à participer à cette transformation du marché.

Les opportunités sont là et les investisseurs ne manquent pas pour les cueillir. Il appartient à la communauté des bailleurs de fonds, au Fonds vert pour le climat et à d’autres sources de financement mixte d’apporter leur contribution.

Source: Banque Africaine de Développement

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