Guinée : Une activiste de l’environnement lance le “Selfie déchet” challenge pour dénoncer l’insalubrité

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Les villes africaines font aujourd’hui toutes face à une vraie problématique de gestion des déchets. En résulte l’augmentation des décharges sauvages, créant insalubrité, maladies et catastrophes naturelles. Depuis novembre 2016, celles-ci sont devenues la cible d’une blogueuse activiste guinéenne, Fatoumata Chérif, qui se photographie elle-même devant les ordures pour mieux les dénoncer. Une campagne de sensibilisation originale s’adressant tant aux citoyens qu’aux autorités qui fait des émules et prend de l’ampleur. En témoigne la multiplication des hashtag #selfiedéchets sur Twitter et Facebook. Interview.

Quand vous est venue l’idée de vous attaquer à la problématique des déchets ?

Depuis plusieurs années, je m’attaque aux questions environnementales. A Conakry, j’ai constaté l’état de dégradation ,malgré les politiques et les lois. Il est important de lancer un débat citoyen autour de la question de l’insalubrité qui n’est pas au centre des questions du gouvernement. Lorsqu’on fait l’état des lieux, on constate souvent que les ordures sont dans l’environnement dans lequel les gens vivent. On en trouve de nombreuses dans le centre administratif de Conakry. L’insalubrité s’est rapprochée de nous, elle se trouve à coté des écoles, des bâtiments religieux. Il faut alors faire quelque chose pour rappeler aux citoyens leur rôle et pour pousser les autorités à mettre la lutte contre l’insalubrité au centre de leurs préoccupations. Il faut agir avant qu’il y ait des soucis graves, notamment des maladies ou catastrophes naturelles liées aux déchets. Le vrai problème est que Conakry ne dispose pas d’une décharge aux normes.

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Il y a aussi un manque d’information de la population. La population dépose ses déchets à côté des écoles, des caniveaux ou des monuments historiques. Cela est en train de dénaturer l’image du pays. Il est important d’attirer l’attention des jeunes, car ce sont eux qui vont hériter de cette image. Il faut recadrer le débat. Il s’agit de notre héritage commun.

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Pourquoi avoir choisi d’utiliser le selfie comme moyen de lutte ?

Parce que cela apporte de l’authenticité à l’image. Cela permet aussi d’être témoin d’un fait, de voir que la personne qui le prend est consciente. Le selfie est aussi une façon d’alerter les autorités. Il fait prendre conscience aux gens les questions d’assainissement. Il est aussi un moyen d’attirer l’attention de la jeunesse et de lui faire prendre conscience que sans déchet, il est possible d’admirer davantage l’environnement.

Jusqu’à présent, cette campagne a-t-elle permis d’améliorer les choses ?

Le fait que la population commence à se mobiliser pousse les autorités à agir, bien que ça soit lent. Nous avons fait un reportage #selfiedéchets notamment sur les routes. La population dépose ses déchets sur les routes, ce qui réduit leur largeur de moitié. Suite à cela, les autorités ont mis en place une campagne d’assainissement pour réduire la quantité des déchets sur les routes. Lorsque les citoyens s’engagent pour un changement positif les autorités n’ont d’autres choix que de mettre des actions en place. Notre campagne de sensibilisation permet aussi d’expliquer aux citoyens comment ils peuvent lutter contre l’insalubrité.

Sensibiliser les citoyens est une de vos préoccupations, n’est-ce pas ?

Au delà de la mise en place de décharges aux normes, on préconise un certain nombre d’actions auprès de la population. Il s’agit d’abord de favoriser le tri des déchets à la base dans les ménages ce qui permet de réduire leur quantité. De plus, il y a de nombreux jeunes qui quittent l’école pour aller trier dans ces décharges dans des conditions et qui côtoient des déchets toxiques.

Il faudrait pousser à la fabrication de déchets biodégradables. La plupart des déchets que l’on trouve à Conakry sont en plastique. Or, ceux qui sont en composte, on peut les réduire en engrais. C’est une solution que peut suivre la population.

De plus, il est important que les éducateurs à l’école intègrent les questions d’environnement dans les cours et que chaque citoyen dans sa localité sache que l’environnement lui appartient et qu’il doit contribuer de lui même sans attendre que les autorités interviennent. Chaque citoyen a un rôle à jouer dans ce domaine en fonction de ses compétences.

Nous avons dernièrement lancé une campagne « Opération Tombo Propre. Synergie pour une plage sans déchets », en invitant chaque citoyen à participer à l’assainissement de la plage.

  Est-ce que votre campagne se déroule dans d’autres pays ?

Depuis que la campagne a été lancée, fin novembre 2016, d’autres jeunes de la sous-région nous contactent. En RDC, par exemple, les déchets ont été une des principales causes des inondations dans la capitale car ils bouchaient les caniveaux. Il y a également des jeunes du Sénégal, du Burkina Faso et de la Côte d’Ivoire qui veulent s’impliquer. C’est dire que la jeunesse commence à comprendre l’importance de cette action. Notre souhait est que tout le monde s’implique.

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Finalement, qu’attendez-vous des autorités ?

Nous devons faire un plaidoyer au niveau de l’assemblée pour interdire certains produits chimiques dans la capitale, comme les engrais chimiques. On veut faire comprendre aux autorités que l’assainissement peut aussi créer des emplois, notamment avec une filière de recyclage et permet de réduire les catastrophes naturelles et les maladies. Par exemple, les femmes peuvent utiliser une partie des déchets pour la cuisson. On peut même créer de l’énergie. Il s’agit de créer une synergie via une table ronde des acteurs pour savoir qui peut faire quoi : assemblée, institution, jeunes activistes, communes. Il faut que le ministère se rende compte qu’une coordination entre eux est nécessaire. C’est une question transversale qui concerne tous les domaines politiques, les transports, le commerce, les travaux publics, etc. Ca doit donc être une action multisectorielle.

Par Céline Bernath

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